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MUYAYALO GIRESSE  
 
 
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La tribu des nande

Sache bien que si dans l’éternel ordre des choses tu es petit, tu es aussi un être unique, irremplaçable, tout comme tes prochains, où qu’ils soient dans le monde. 
Margaret Laurence (1926-1987)
 
 
 
 
Pour vivre pleinement sa vie, il n’est pas nécessaire d’agir. 
Pour vivre pleinement sa vie, il est indispensable d’être. La seule façon d’accomplir est d’être. 
Lao Tseu
 
 
Les femmes Nande et les traditions de paix 
Un groupe de femmes de Butembo (c/o Maman Sambo) 
 
Les piliers de la sagesse nande 
 
 
 
 
Quatre piliers importants de la sagesse nande ont été relevés. Ces piliers sont des couteaux à double tranchant à telle enseigne que l’utilisation d’un pilier peut amener à des catastrophes (utilisation dans le sens négatif) ou à des exploits ou au bonheur d’un individu (utilisation positive). Ainsi la sagesse d’un i 
Lao-Tseu (6ème siècle av J.C.) 
 
ndividu est jugée en fonction de l’utilisation de ses piliers. Il s’agit : 
 
 
 
Ajout :« erihira ekindi kyokokindi », faire du bien chaque jour, cela fait augmenter le bien de tous (sens positif). Garder rancune chaque jour contre une personne peut susciter des tueries, des assassinats (sens négatif).  
Soustraction : « erilusha ekindi kyokovindi », se réconcilier ; de concertation en concertation, on peut aller en éliminant les points négatifs et on parvient à une perfection (sens positif). Dans une entreprise, s’il y a perte progressive des membres qualifiés, l’entreprise est vouée à la faillite (sens négatif).  
Multiplication : « erivutisha evindu, emyatsi … », la multiplicité de forces peut faire avancer un travail donné. Par ailleurs, une pléthore d’individus peut faire reculer un travail donné.  
Division : « erighava », se partager les tâches sociales conduit au développement (sens positif). Suivre deux lièvres à la fois, on les perd tous (sens négatif). 
 
 
N. B. : des expressions nande soutiennent ces piliers. Nous donnons quelques exemples dans le tableau ci- dessous : 
 
 
 
PILIERS 
EXPRESSIONS NANDE  
Sens positif 
Sens négatif 
 
 
 
Ajout  
 
(erihira ekindi kyokokindi ) 
Eritondi ritondi ghonamigheri ( en cueillant goutte par goutte, on finit par avoir de l’eau). Petit à petit, l’oiseau fait son nid. 
Omunyambi muvi syalinyambira mughuma (celui qui a l’habitude de faire du mal le fait presque à tout le monde). 
 
 
 
Soustraction  
 
(erilusha ekindi kyokokindi) 
Sekera viti ( rire avec les malfaiteurs ou ennemis ). Savoir pardonner, se réconcilier, diminuer la rancune.  
Engunza y’oyut’yaho yikayam’amavwe (dans le sac d’un absent on met les pierres). Les absents ont toujours tort.  
 
Multiplication  
(erivutisha)  
Eritahirya akakyiru nikanya hiyo (doter un imbécile, un idiot, c’est le multiplier). 
 
 
 
Division  
 
(erighava) 
Ovulimundu akaleta omukekera ghomo kyaghanda (chacun doit amener sa part dans le kyaghanda ). 
Wamakwama vaviri vaviri ukaheraya v’osi (on ne peut pas travailler pour deux chefs à la fois). 
 
 
 
 
 
 
Soulignons qu’il y a plusieurs expressions en Kinande qui font allusion à l’utilisation de ces quatre piliers de la sagesse.  
 
 
 
Les thèmes développés  
 
 
En entrant dans le vif du sujet, voici les thèmes qui ont attiré l’attention des femmes : 
 
- Le rôle social de chaque membre de la famille 
 
- Les proverbes, devinettes et historiettes Yira en rapport avec la tradition et la paix  
 
- Le rôle de la femme dans le Kyaghanda 
 
- Les relations urbano-rurales. 
 
 
 
I. Le rôle social de chaque membre de la famille 
 
 
Ce rôle social est décrit dans le cadre d’une famille traditionnelle. Le concept « famille traditionnelle » est différent de celui d’une famille moderne. La famille traditionnelle renferme une vie clanique. C’est une lignée. En commençant par le plus âgé, chaque membre de la famille mérite un respect lié à son rôle. Les personnages les plus illustres sont : 
 
- les parents 
 
- l’oncle maternel 
 
- la tante paternelle 
 
- les aînés 
 
- les grands-parents. 
 
 
 
Les parents s’occupent de l’éducation des enfants. C’est la maman qui est responsable de l’éducation à telle enseigne qu’un enfant bien éduqué fait l’honneur de son père tandis qu’un enfant mal éduqué fait la honte de sa mère. D’où l’expression « omwana muvi ni wa nyinya lume » c’est-à-dire un enfant mal éduqué revient à l’oncle maternel ou à la maman et son frère. 
 
A l’adolescence, le papa devient responsable de l’éducation des seuls garçons; la maman peut l’épauler en assumant la responsabilité de l’éducation des petits enfants (garçons et filles) et des adolescentes. 
 
 
 
L’oncle maternel et la tante paternelle. Ils jouent un rôle prépondérant lors de grandes cérémonies telles que l’investiture de leur neveu, le mariage de leur nièce et en tant que grands conseillers. Ils sont consultés lors des cérémonies d’initiation à la vie. 
 
- Investiture : un proverbe nande dit ceci « Oyuta wite nyinya lume syalisinga, syaliryavwami », quelqu’un qui n’a pas d’oncle maternel ne peut jamais accéder au trône. Pendant l’investiture d’un mwami, l’oncle joue un rôle très important de protecteur contre toute forme de forces maléfiques. L’oncle maternel et la tante paternelle du Mwami (chef ) restent ses grands conseillers pendant tout son règne. 
 
- Mariage : pour les deux familles (du garçon et de la fille ), l’oncle maternel et la tante paternelle restent des personnes de référence pour tout conseil ou autre grande décision à prendre. Dans les cérémonies de mariage, les cadeaux qu’ils donnent aux jeunes mariés concernent les futures activités de ces derniers : l’oncle maternel donne : chaise, houe, machette (agriculture : activité de base du munande), la tante paternelle donne des ustensiles de cuisine pour que sa nièce assume de bon gré sa responsabilité de ménagère 
 
N. B : En cas de stérilité de la tante, sa nièce l’épaulait valablement dans son rôle d’épouse. 
 
 
 
Les aînés soutiennent les cadets par des conseils face aux expériences de la vie quotidienne. Ils peuvent, dans le cadre de l’éducation, remplacer des parents, qui ont vieilli ou qui sont morts.  
 
 
 
Les grands-parents. Entre grands-parents et petits-fils, il n’y a pas de tabous. On peut se parler de tout et de rien. Ainsi les grands-parents peuvent donner des conseils aux petits-fils, surtout dans des sujets tabous chez le Munande, comme par exemple tout ce qui a trait au sexe, à la génitalité, à la sexualité … 
 
Ainsi les grands-parents servaient de conseillers et aussi de référence pour les membres de la famille. 
 
 
 
II. Les proverbes, devinettes et historiettes 
 
 
A ce niveau, les proverbes ont été exprimés en fonction de différentes circonstances et ce thème a été fusionné avec celui des expressions de solidarité et complémentarité, de paix, de promotion et d’éducation, …Suivant les circonstances, voici quelques expressions retenues : 
 
 
 
* solidarité et complémentarité 
 
« Ovughuma kokaghala »: l’union fait la force. 
 
« Omunwe omughuma s’yalit’enda » : un seul doigt ne peut pas tuer un pou, la complémentarité est nécessaire dans tout travail. 
 
« Omwana siwamughuma, ni wamughuma inyalwere » : l’enfant est d’utilité communautaire sauf quand il est malade. 
 
« Sivirya valima » : la nourriture ne vient pas seulement au cultivateur. C’est dire que les bénéfices d’un travail donné ne reviennent pas seulement au seul travailleur mais sont partagés avec d’autres personnes. 
 
« Avali vaviri vovita mbeva » : deux personnes peuvent attraper un rat. Pour mieux faire un travail, il faut s’unir, se compléter. 
 
« Emboka ya vandu vangi siritwa omungu » : ce n’est pas facile d’assaisonner la sauce de plusieurs personnes. La pléthore, sans un partage des tâches, n’arrive pas à un bon résultat. 
 
« Omughuma lewa » : on n’a pas confiance en une personne sans témoins. Dans toutes circonstances, il faut chercher à s’associer. 
 
« Erirya ekihinga simuyisa » : manger un gros morceau de viande (cuisse de poule, chèvre) ne donne pas de la chance. Manger seul, ce n’est pas bien, il faut toujours partager. 
 
« Oghundi okoghundi yowakolaya omunyu w’evupiri » : de personne à personne, le sel est arrivé jusque chez les Bapères. Le travail à la chaîne, dans un bon cadre, aboutit à de bons résultats. 
 
« Avalume v’yomwami » : pas de chef, sans homme : le chef dirige grâce aux sages conseils des hommes. 
 
« Ovukulu ni sikanya » : être aîné ou grand, c’est savoir respecter. Dans la vie, le respect mutuel est capital. 
 
« Oyutaghute wavo akakwa luvi » : qui n’a pas de frère meurt dans de mauvaises conditions. Il faut toujours être en bons termes avec les autres. 
 
« Omuviyi muvi ni mwera » : celui qui parle mal est pauvre. Si la parole est d’argent, le silence est d’or. 
 
 
 
* paix 
 
« Omukali y’omusangania w’avandu » : la femme rassemble les gens. Des témoignages soutiennent que dans la recherche de solutions lors de conflits, la femme méritait une considération du point de vue traditionnel. Elle était un outil, un gage de résolution des conflits. Et surtout elle pouvait se marier avec une des parties pour mettre fin aux conflits (échange de femmes). 
Actuellement, la femme, vu la modernisation, ne peut plus être cédée en mariage pour mettre fin aux conflits. Il faut penser à l’associer dans la résolution des conflits. Il faut changer de stratégie. Dans la tradition, on reconnaissait la valeur de la femme, en l’offrant en mariage pour diminuer les conflits ; aujourd’hui, l’associer aux assises où l’on cherche des solutions pacifiques de conflits serait une nouvelle stratégie de reconnaître l’importance et la valeur de la femme. Donc la présence de la femme dans les assises de résolutions pacifiques de conflits est cruciale. 
 
« Embanulo yolikalanda ovuholo » : l’amende permet de mieux trancher l’affaire. L’impunité n’a pas de sens. 
 
« Akana k’egoko kana hana nyin’yako » : le poussin peut conseiller la poule-mère. Il faut tenir compte du conseil des enfants, des plus petits que soi. 
 
« Omwana molo akalya ni-se » : un enfant humble, obéissant mange avec son père. Avec l’obéissance, on peut tout gagner, la simplicité fait la grandeur. 
 
« Omwana mutsivu akayikula ngundi » : un enfant méchant peut tirer son cordon ombilical. Un enfant désobéissant perd tout ou ne peut rien gagner. 
 
« Ovukutu ni mwandu » : le silence est un héritage. Parler peu mais écouter beaucoup, attitude de sagesse. 
 
« Ovwami si wesaka lusi » : le pouvoir, le royaume ne dépassent jamais une rivière. Le pouvoir est souverain et doit respecter les limites. 
 
« Ovwami vyaghendaghendire ivwahemukire » : changer de chef à tout moment déshonore. Un chef incompétent perd son pouvoir et fait honte à ses gens. 
 
« Okowa muva kukalwa maseka » : le peureux, en fuyant une situation inconnue, finit par rire. L’affrontement entre 2 partis est à déconseiller, il faut d’abord bien méditer. 
 
« Ewavene sikulirambwi » : ce n’est pas bon de vieillir chez autrui. Il faut savoir garder les relations ou les liens avec son origine. 
 
« Wamateva omukekulu, iwaterya ekikingi » : si tu n’honores pas la sage-femme, il faut détruire directement le lit pour ne plus mettre au monde. Le service rendu doit être payé ou il faut éviter d’être ingrat. 
 
« Enyakutandwa ekakoroghota ok’olukyo » : les problèmes vous rencontrent à votre porte. Les conflits sont inhérents à la société, il faut chercher à les résoudre de façon positive. 
 
« Towa kya uruke, akavilota » : si on ne suit pas les conseils des petits, on les rêve. Il ne faut pas dénigrer quelqu’un, quels que soient son âge, sa taille, sa richesse… 
 
« Ewiyi sumbire si urilwire » : l’apparence ne montre pas ce que l’on est. La victoire ne se chante pas avant la guerre. 
 
« Oyutawite syaghalirwa » : qui n’a rien, ne peut se fâcher. Un tien vaut mieux que deux tu l’auras ou encore se contenter de ce que l’on a, de ce que l’on est. 
 
« Ourutahi syalenga indina » : la branche ne peut pas dépasser la tige. Dans la société, chacun a sa place, son rôle à jouer. 
 
« Wavuno akaghovolera wangoto » : la bouche trahit le cou. Il faut soigner la communication car bon nombre de conflits sont occasionnés par la parole, les gestes, les mimiques, les écrits, les images, bref par la communication. 
 
« Ovutseme vungi ni vala » : l’extase peut aboutir à un problème. Tout excès est nuisible.  
 
« Olukyo lunene lw’ingiryaenda » : la grande porte fait entrer une vache. Qui trop embrasse, mal étreint. 
 
 
 
* promotion 
 
« Katayihambirira sikalwa omwiyi » : le poussin fait tout pour sortir de la coquille. Ne pas croiser les bras en attendant qu’une manne quelconque tombe du ciel ; il faut travailler. 
 
« Akavuya sikalwa holo » : on ne trouve pas du bien facilement. Il faut fournir un effort pour trouver quelque chose. Prendre de la peine en travaillant. 
 
« Enzira yomulamo siri monyiri » : dans la recherche de la guérison, la distance ne se mesure pas. Dans la résolution des conflits, la patience a sa valeur d’être. 
 
« Elindi lindi ikaleta kihino » : geler l’affaire peut conduire à plus de difficultés. Battre le fer quand il est chaud. 
 
« Oyowalindirira akangatogha, uwaghotsera omondina y’omuti » : celui qui veut cueillir les fruits sans effort, passe la nuit sous l’arbre. Pour subvenir à ses besoins, il faut travailler. 
 
« Ovuli o’mwavene sivunavirwa » : ne pas se laver les mains en voyant quelqu’un d’une autre famille pétrir. Eviter le parasitisme. 
 
« Enyunyu italenga vulambo siriminya eyarire vulo » : l’oiseau sédentaire ne saura pas où sont des mulets mûrs. Il faut chercher à partager les expériences des autres. 
 
 
 
* éducation 
 
« Tavakunya valyatirwa » : si vous ne pliez pas les membres, l’on pourra vous piétiner. Il faut savoir faire garde. 
 
« Omwana muvi ni wa nyinya lume » : un mauvais enfant appartient à l’oncle maternel. La maman est responsable de l’éducation de ses enfants. 
 
« Tavwirika mwana omwiregha » : il ne tient pas compte du conseil crié dans la cruche. Pour être sage, il faut tenir compte des conseils. 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
III. La place de la femme dans le kyaghanda (son rôle) 
 
 
Chez les Nande, le kyaghanda servait de lieu quotidien d’échange des hommes dans un village. Aussi, il servait de lieu de palabre. 
 
La femme pouvait y apparaître quand il y avait du " kasiksi ", une boisson locale ; pour revaloriser son rôle de maturité, on lui donne une part de la boisson (« omuteho w’ovukekulu »). 
 
A la fin, elle arrivait dans le kyaghanda pour amener à manger aux hommes du village qui prenaient leur repas ensemble. Elle intervenait aussi en cas de palabre la concernant. 
 
 
 
IV. Relations urbano - rurales  
 
 
Le mécanisme d’esprit communautaire traditionnel est ébranlé par le modernisme depuis l’introduction du terme emploi/salaire par la colonisation. L’individualisme a vite pris la place de l’esprit communautaire. Avec le phénomène de l’exode rural, l’individu s’éloigne de plus en plus de ses réalités traditionnelles pour entrer dans une vie de brassage culturel dans les villes et les centres extra-coutumiers. Avec la colonisation, certaines cérémonies ont été bafouées, par exemple : « Ovuh’ere » ( offrande ) pour nos gardiens ancestraux, appelés « avalemberi » (esprits protecteurs des tribus).  
 
 
 
Nous préférons la culture occidentale à la nôtre avec un risque d’oublier même notre langue maternelle. Que faire pour ramener ces relations entre individus et retrouver ces racines traditionnelles dans ce monde qui tend vers la mondialisation ? Voilà un défi à relever.  
 
 
 
Ainsi toutes ces expressions nande contribueront à la pacification d’une façon particulière en territoire de Butembo-Beni et d’une façon générale dans notre sous Région des Grands Lacs, (Rwanda, Burundi, RDC) qui s’est transformée en un champ de culture de barbaries, de tueries.  
 

(c) Liévin MUYAYALO GIRESSE - Créé à l'aide de Populus.
Modifié en dernier lieu le 9.07.2009
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