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Travaux de recherche personnels

la Paresse c'est l'habitude prise de se reposer avant la fatigue. 
Jules RENARD 
 
Vous trouverez dans cette rubrique des travaux de recherches personnels. 
 
 
TRAVAIL DE RECHERCHE SUR LA CONCEPTION DU SALUT DANS LA TRADITION CONGOLAISE. 
I. INTRODUCTION. 
L’idée d’un Dieu qui sauve ses fidèles est commune à toutes les cultures, toutes les religions, tous les temps et tous les âges. La question du salut est d’une telle importance que chaque peuple se la pose et tâche d’y répondre à sa façon. Question essentielle qui préoccupe l’être humain depuis une époque fort reculée. 
Tout homme a en lui le désir d’accéder à la vie divine, il fournit des efforts pour éclairer la question de savoir s’il n’y aura que peu d’hommes à être sauvés, question qui a été posée à Jésus-Christ lorsqu’il faisait route vers Jérusalem. L’homme consacre une partie importante de sa vie à la recherche de la réponse à cette question, il veut savoir la vérité. Il cherche à connaître tout, d’abord à se connaître lui-même, ensuite à connaître le monde dans lequel il vit. Il veut savoir quelle est sa place et sa fonction dans l’univers. Finalement, il cherche les traces de Dieu dans le monde et les voies qui lui permettent de le rejoindre. 
 
Cependant, compte tenu de ses limites, l’homme se retrouve incapable d’accéder à ce mystère et cherche le salut dans son monde à lui, dans sa culture, sa tradition et son époque. Voilà pourquoi chaque peuple a sa conception propre du salut. Les africains, malgré leur faible niveau de vie, ne sont pas à exclure de ce cercle des chercheurs du salut. Le Muntu africain s’est posé et se pose encore la question du salut, il se demande comment être sauvé. 
 
Le peuple congolais, objet de notre travail, s’est aussi interrogé sur son origine, sur son avenir et sur le but de son existence. Il se réfère au monde dans lequel il vit et se situe par rapport à ses semblables pour essayer de comprendre Dieu, sa nature et le sort de ceux qui auront mal vécus sur cette terre. Bref, il se fait une idée de lui-même à partir de ses relations avec tous les éléments de l’univers ; et dans ses réflexions, il se fixe un idéal à atteindre dans sa vie et se propose des moyens pour l’atteindre : Il veut être sauvé, comme tous les peuples, et cela influencera sa conception de la vie, de la mort, de l’au-delà, du futur de l’homme, de Dieu et du salut. 
Dans les lignes qui feront l’objet de notre développement, nous essayerons d’en prendre mieux conscience en éclaircissant certaines conceptions congolaises. Nous chercherons les illustrations en analysant certains faits de vie du peuple congolais et dans l’ensemble, le but du travail sera d’apporter une lumière sur la conception du salut dans la tradition congolaise, ses faiblesses à dépasser et ses valeurs à cultiver. Mais avant cela, il est important d’avoir une idée sur le peuple congolais dont il sera question dans ce travail, d’où l’importance d’une localisation spatio-temporelle de la République Démocratique du Congo et de l’homme congolais. 
 
II. LOCALISATION SPACIO-TEMPORELLE DE LA R.D.CONGO ET DU PEUPLE CONGOLAIS. 
 
II. 1 LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO. 
 
La R.D.Congo est le troisième plus vaste pays d’Afrique après le Soudan et l’Algérie. Il est le plus vaste pays d’Afrique centrale. Sa population est estimée à plus de 65 millions d’habitants. Il s’étend de l’océan Atlantique au plateau de l’est et correspond à la majeure partie au bassin du fleuve Congo. 
Elle est peuplée de plusieurs centaines d’ethnies de groupes des noirs africains, en majorité des bantous. A l’est du pays, la langue la plus parlée est le Swahili, à l’ouest, le Lingala et au centre le Kiluba et le Kikongo. 
Depuis la fin du XIXe siècle, les modes de vie traditionnels ont changé à cause du colonialisme, la lutte pour l’indépendance, les deux guerres mondiales et le long règne dictatorial de Mobutu. Mais bien que le mode de vie ait changé, les congolais gardent encore leurs traditions et leurs cultures. 
 
Du point de vue vision du monde, les congolais sont très partagés. Plus de 60 es habitants vivent dans les zones rurales et sont très attachés à la tradition des ancêtres ; ils ont su conserver l’héritage culturel. Le recours à la tradition reste pour eux le point de référence dans la plupart des circonstances ; tandis que les 40 ui vivent dans les milieux urbains sont culturellement ouverts à l’occident, et leur vision du monde est influencée par la culture occidentale. 
 
Dans la suite de notre travail, nous tenterons d’exposer le concept congolais du salut, nous aimerions mettre en évidence ce qui constitue le vrai bonheur du peuple congolais. Nous partirons des études déjà faites par des anthropologues, des philosophes, des ethnologues pour comprendre de quelle façon les différentes conceptions du monde des congolais ont pu influencer leur notion du salut et dans ce but, nous analyserons successivement, la conception congolaise de la vie, de la mort, de Dieu et enfin du salut. 
 
II. 2. LA CONCEPTION DE LA VIE. 
 
Comme tous les bantous, le Muntu congolais aime la vie et une vie en abondance. Il est passionné de la vie et y est attaché sous toutes ses formes, mais particulièrement, il vénère la vie humaine. Elle lui apparaît comme un mystère qui lui échappe. Plus elle lui échappe, plus elle suscite en lui un ardent désir de la posséder dans toutes les circonstances, de la multiplier et de la conserver sous toutes ses formes. 
Le congolais est animé par le désir de vivre en plénitude une vie épanouie, totale, sans limites. Il veut la mener en harmonie avec sa communauté et avec l’univers. Roelandt R. résume cette aspiration de la manière suivante : « la vie – la vie humaine en sa totalité – qu’ils ont reçue de leurs parents, qu’ils transmettront à leurs enfants, voilà la grande et l’unique valeur pour les africains : ils désirent y participer avec abondance » . 
 
Cette mentalité centrée sur l’amour de la vie se manifeste à longueur de journée dans tous les villages et toutes les villes congolaises, mais elle s’exprime facilement dans les manières de se saluer. En effet, au Congo, lorsque deux personnes se rencontrent et échangent les salutations, elles se souhaitent la vie. 
En langue Luba, parlée au Kasaï, par exemple, celui qui salue le premier dit : Moyo webe qui signifie ‘’A vous la vie’’ et la personne saluée répond : Emoyo qui signifie ‘’ oui la vie ! ’’. A son tour, cette dernière rend la salutation en disant par exemple ‘’ A vous aussi la vie ‘’. Toutes les personnes qui se serrent la main se disent ‘’ Recevez la vie’’ ou ‘’emparez-vous de la vie’’. 
Pareillement, en Swahili, A Goma, par exemple, à L’est de la R.D.Congo, les salutations et les souhaits expriment la vie et l’état de santé. ‘‘ Bonjour ‘’ se dit à Goma : Una lamuka ? ce qui se traduit en français par : Tu es réveillé ? ‘’ Dans le sens de ‘’ Tu es vivant ?’’. 
En Lingala enfin, les salutations regardent également l’idée de la vie et de la santé. Après la salutation Mbote, on demande absolument ozali malamu ? Qui signifie ‘’ Vas-tu bien ? ‘’. D’autres questions peuvent suivre : ozali nzoto kolongonu ? Ce qui se traduit littéralement par : ‘’ As-tu le corps sain ? ‘’.et qui signifie ‘’es-tu en bonne santé ? ‘’. 
Le professeur philosophe congolais MUJYNYA, écrit que « si les Bantu savent que la vie est le plus beau cadeau qu’ils ont reçu du créateur, ils sont d’autant plus conscients que sa sauvegarde et son renforcement, en grande partie, dépendent d’eux-mêmes » . 
 
A notre avis, la vie humaine, selon la mentalité congolaise, se conçoit comme une force. Voilà pourquoi, pour un congolais, vivre c’est être fort. Il faut comprendre par cela, avoir la joie, bien s’habiller, avoir des biens matériels, se réjouir avec les amis tous les week-ends, boire et danser en fin de journée pour manifester que la vie est là. 
En concevant la vie comme une force d’intensité, les congolais ont peur de ne pas la trouver ; ils cherchent à vivre heureux par tous les moyens et surtout à vivre longtemps. Dans ce but, ils se sont trouvé leurs manières propres à eux pour protéger la vie. Parmi celles-ci, on peut citer les fonctions du féticheur, du devin, du guérisseur.  
Le féticheur, pour ne parler que de lui, est appelé Mufumu, à l’est du pays. Il a la clé de la vie, il sait comment la conserver. Il s’interpose comme médiateur entre la divinité considérée comme origine de la vie et l’humanité qui cherche toujours à posséder cette vie. Il intervient dans le domaine des choses qui dépassent l’entendement de l’être humain, comme par exemple, l’origine de la mort. Sedzik Jerzy écrit que « le féticheur est une personne investie du pouvoir supérieur de protéger les individus et la société contre la dégradation de l’énergie vitale(…) son arme de combat contre le mal est le fétiche ».  
 
De toute évidence, vivre au Congo, c’est être tranquille sur tous les plans, tant matériels que spirituels. C’est dire avoir l’abondance matérielle et la paix intérieure. Comme nous le verrons un peu plus loin, cette conception de la vie aura une influence sur la manière congolaise de comprendre le salut ou d’être sauvé. Les pasteurs des églises évangéliques ont compris cette influence, raison pour laquelle toutes leurs prédications portent sur la richesse matérielle, la délivrance spirituelle et la bénédiction de la descendance, pour parler du salut de Dieu. Tout autre message qui n’annonce pas le bien-être n’est pas compris comme un message de salut. Un message d’abstinence matérielle par exemple, ou un jeûne alimentaire est, aux yeux des congolais, un message qui n’annonce pas le salut de l’homme. 
 
II.3. LA MORT DANS LA CULTURE CONGOLAISE. 
 
La mort, chez le peuple congolais, est considérée comme une défaite totale, un échec de l’individu, surtout quand elle intervient d’une manière brusque ou pendant la jeunesse. Parfois, le défunt est reconnu coupable de sa propre mort, soit qu’il a failli envers ses ancêtres, soit qu’il s’est mal comporté dans la société et a, par conséquent, occasionné sa propre mort. Ainsi, la famille du défunt se sent humilié parce que les membres n’ont pas réussi à protéger leur frère ou leur sœur contre la mort. 
La mort fait donc peur aux congolais, comme à tout le monde d’ailleurs, parce qu’on se demande toujours ce qui se trouve de l’autre côté du voile, quel est le sort réservé au défunt, où va-t-il et que va-t-il lui arriver ? Pendant le deuil, au Congo, il ya de la musique pour apaiser la colère, pour essayer d’oublier ce qui est arrivé. Selon la mentalité congolaise, toute mort brusque est suspecte, c’est pourquoi avant de déposer le cadavre dans la tombe, surtout dans les villages, on cherche d’abord à connaitre la cause du décès : on interroge le mort parce qu’on est convaincu que là où il est, le mort entend et voit ce qu’il a laissé derrière lui. Le deuil s’achève par le lever de deuil qui a lieu le troisième jour après l’enterrement, parce qu’on pense que le mort a quitté définitivement le monde des vivants. 
Pour finir, disons que dans la culture congolaise, il faut distinguer la bonne mort de la mauvaise. Dans tous les deux cas, il ya disparition de la personne, mais la façon dont elle disparaît, c’est elle qui tranche s’il s’agit d’une bonne ou d’une mauvaise mort. Nous savons que la mort est inévitable, mais pour un congolais, mourir jeune, sans laisser d’enfants, sans avoir jouit du plaisir de la vie, est une mort anormale. La bonne mort c’est celle qui arrive quand l’individu est à la fin de ses jours, quand il a vécu longtemps et heureux, il a réalisé tout le programme de sa vie, après avoir eu beaucoup d’enfants et de petits-enfants. La mauvaise mort c’est celle qui, par contre, arrive brusquement et fait disparaître un être cher, une jeune personne qui a encore de l’avenir devant elle. Une mort survenue à la suite d’un accident, d’une maladie, d’une noyade, d’un suicide…est une mort suspecte, il faut savoir qu’elle ne peut pas venir de Dieu mais de mauvais esprits. 
Il est donc clair que la conception de la mort chez les congolais découle du fait qu’ils aiment la vie et la vénèrent, ils aiment être et ont peur de disparaître. Il est aussi évident que cette conception aura un impact sur leur manière de comprendre le salut, comme nous le verrons plus loin.  
La majorité du peuple congolais croit que les défunts qui ont vécu honnêtement leur vie sur terre, continuent leur existence sous une forme nouvelle dans le village des ancêtres. Certains aussi pensent que les morts vivent auprès de Dieu. Selon eux, l’âme du défunt monte au ciel auprès de Dieu, mais elle reste en même temps liée à la famille et intercède pour elle auprès de Dieu. 
 
II.4. DIEU DANS LA TRADITION CONGOLAISE. 
 
Dieu, dans la culture congolaise, est compris comme étant l’Etre suprême vivant dans l’au-delà avec les hommes qui sont morts avant, ceux qui nous ont précédés et qui ont vécu honnêtement sur la terre. Dans les milieux ruraux comme dans les villes, on pense que Dieu est l’Etre qui donne la vie, la force et les biens. Tout le bien-être de l’homme vient de lui. Un Dieu qui créé le mal, qui permet la maladie, le chômage, le malheur, est inconcevable au Congo. Tout ce qui est bien vient de Dieu et tout ce qui est mal vient de mauvais esprits et demandent une délivrance. C’est ce qui explique la présence des guérisseurs, des devins et des féticheurs. 
Comme le Muntu congolais aime la vie en plénitude, il s’imagine un Dieu fort qui donne la vie et qui protège contre les mauvais esprits.  
 
Ces différentes manière congolaises de concevoir les choses sont importantes à signaler parce qu’elles permettent de comprendre la notion du salut dans la tradition congolaise. Après les avoir présentées, posons-nous maintenant les questions suivantes : Quelle influence ont-elles dans la conception du salut chez les congolais ? croient-ils réellement au salut apporté par Jésus-Christ ? Qui est-il pour eux ? De quoi peut-on être sauvé et qu’est-ce qu’un homme sauvé ? 
Les réponses à ces questions sont fondamentales pour comprendre ce qu’est le salut chez le Muntu congolais. Ces réponses dépendent souvent de chaque ethnie au Congo, mais toutes les ethnies ont en commun certains points que nous proposerons comme réponses valables à toutes les ethnies. 
 
III. DIMENSION TEMPORELLE ET CONCEPTION TRADITIONNELLE DU SALUT DANS LA CULTURE CONGOLAISE. 
 
 
Tout homme cherche le bonheur. Tous, nous rêvons de satisfaire toutes nos aspirations, nos désirs, nos gouts, nos projets. Nous voulons tous nous épanouir et même dépasser notre condition de créature pour arriver jusqu’au créateur. L’homme est indéfiniment en quête de son accomplissement, il lutte contre tout ce qui lui empêche d’être heureux. Il se protège contre tout ce qui pourrait lui être nuisible. 
Ce désir du bonheur ou du salut est commun à tous les hommes. Cependant, la conception de ce salut n’est pas la même partout, comme nous l’avons dit plus haut. La compréhension de ce salut est en fonction de la conception de l’homme, de la vie, du monde, de Dieu, de l’au-delà, de la mort et des valeurs propres à chaque culture. Voilà pourquoi nous avons prit soin de présenter les différentes conceptions dans la culture congolaise. 
Découvrir et définir la notion du salut propre à une culture est une recherche qui demande une étude attentive de la culture en question et de ses valeurs. L’analyse de ses valeurs et de ses structures conduit à la découverte de ce qui constitue le véritable bonheur de cette culture, son salut. C’est la procédure que nous avons adopté pour le cas de la culture congolaise. 
Dans la partie précédente, nous avons présenté la conception congolaise de la vie, de Dieu, de la mort et de l’au-delà. Dans la partie suivante, nous voulons approcher le concept salut dans la culture congolaise. Nous examinerons d’abord la dimension temporelle du salut au Congo, ensuite nous verrons la dimension du salut dans l’au-delà et enfin nous verrons quelques cas concrets du salut. Mais avant cela, une définition du concept salut s’avère nécessaire. 
 
III.1. LE CONCEPT SALUT. 
 
D’après le vocabulaire de théologie biblique, l’idée du salut vient du grec : Sôzo, est exprimée en hébreu par tout un ensemble de racines qui se rapportent à la même expérience. Le salut est le fait d’échapper à un danger, à un malheur. C’est le fait d’être sauvé de l’état de péché et d’accéder à la vie éternelle . Etre sauvé, c’est donc être tiré d’un danger où l’on risquerait de périr. Suivant la nature du péril, l’acte de sauver s’apparente à la protection, à la libération, au rachat, à la guérison, à la victoire, à la vie…Le salut se présente donc comme le dit Laurentin «une invitation à entrer dans la vie de Dieu, l’accomplissement de la destinée des hommes en Dieu, un accomplissement qui se réalise dans le temps et demeure éternellement.»  
C’est dans cet angle que nous comprendrons le concept salut dans ce travail. Chez les congolais, le terme salut se traduit en Swahili par le mot uokovu, qui signifie la victoire et être sauvé se traduit par ku okolewa qui signifie être tiré d’une situation dangereuse, d’un péril. 
 
III.2. LA DIMENSION TEMPORELLE DU SALUT. 
 
Dans ce chapitre, nous traiterons les points suivants : Le salut par rapport à la vie humaine, par rapport aux biens matériels et le salut dans l’au-delà. 
 
III. 2. 1. LE SALUT PAR RAPPORT A LA VIE HUMAINE. 
L’amour de la vie du congolais influence sa conception du salut. En effet, un homme heureux, béni, sauvé pour les congolais, c’est celui qui vit plusieurs jours, qui les vit heureux et qui laisse derrière lui des fils et des petits-fils heureux. L’on est sûr d’être protégé par Dieu lorsqu’on vit dans l’aisance. L’expression uokovu, signifiant la victoire ou la réussite, montre qu’un homme sauvé c’est un homme qui a réussi dans sa vie, un homme qui a gagné, comme on le dit souvent dans les rues de Kinshasa, capitale de la R.D.Congo. 
Le salut est donc compris comme étant la vie en plénitude et l’absence de la souffrance car, Dieu étant un Etre de bien, ne peut pas vouloir du mal à l’homme. Et par conséquent, l’homme malheureux n’est pas sauvé, n’a pas le uokovu, il a plutôt le La’ana, c’est-à-dire la malédiction. 
 
III. 2. 2. LE SALUT PAR RAPPORT AUX BIENS MATERIELS. 
 
Etre sauvé ne s’arrête pas à la dimension de la vie heureuse. Le salut au Congo se déploie jusque dans les activités de l’homme dans la société. Un homme qui prospère dans son travail, celui-là est sauvé, il a le salut, la protection de Dieu. C’est ce qui explique aussi qu’au Congo, les églises évangéliques et mystiques sont très fréquentées par des chômeurs, des malades, des pauvres, des gens qui se sentent menacés, maudits, des personnes qui n’ont pas réussi dans tout ce qu’elles ont entrepris de faire. Ces personnes se considèrent loin du salut de Dieu, parce qu’elles expliquent le chômage, le malheur, et tout ce qui n’est pas bien, comme étant l’absence de la main de Dieu dans leur vie et se considèrent comme n’étant pas sauvées. C’est là le point sensible que captent les pasteurs des églises évangéliques pour orienter leurs prédications. Ils appellent les fidèles à offrir des sacrifices, à faire des jeûnes, pour voir le salut de Dieu dans leur travail, au bureau, au marché, dans des magasins… 
Le salut est donc aussi synonyme d’avoir des biens matériels et d’en jouir suffisamment dans la société. Les gens espèrent que Dieu les aide dans leur travail, il leur donne la santé et les moyens de vivre heureux sur la terre, une situation de stabilité totale sur tous les plans, c’est cela le salut. Certaines expressions de la vie courante le montrent bien :  
A Kinshasa, capitale politique, située à l’extrême ouest du pays, une expression en Lingala circule, Nzambe ye nde apesaki kolia apesaki pe na appétit, pour dire que c’est Dieu qui donne à manger et c’est lui qui donne l’appétit. Celui qui n’a donc rien à manger, il faut qu’il comprenne que Dieu n’est pas avec lui, il faut qu’il soit sauvé, il est encore loin du salut de Dieu. Il est donc évident que dans la conception congolaise, on ne rencontre pas le salut dans la vie d’un pauvre, d’un malade, un malheureux n’est pas avec Dieu. 
A Goma, ville située au coin est du pays, un proverbe Swahili dit que ku lala ndjala ni laana,siyo mapenzi ya Mungu, pour dire que dormir ventre creux c’est une malédiction, ce n’est pas la volonté de Dieu parce que celui-ci n’est pas à l’origine du malheur. 
Dans la vie ordinaire, on constate donc une forme de salut temporel qui se trouve dans les biens matériels, dans la progéniture, bref dans toutes les richesses temporelles de ce monde. C’est dans ces faits quotidiens que se fait voir le salut dans le monde visible. 
 
III.3. LE SALUT DANS L’AU-DELA 
 
La mort n’attire jamais, au contraire elle fait peur parce que l’on ne sait pas ce qui advient à l’homme dans l’au-delà. Au Congo, l’au-delà est considéré comme un grand village où la vie est heureuse pour ceux qui ont bien vécus. C’est ce qui explique pourquoi tous les congolais, sans exception, enterrent leurs morts dans de bonnes conditions, avec leurs habits de luxe, parce qu’on croit que la mort n’est pas la fin de la vie mais la naissance dans une nouvelle vie. Dans certaines ethnies, au village surtout, et en cachette, le chef du village est enterré avec certains de ses serviteurs pour qu’ils continuent à lui rendre service dans l’autre monde. 
La vie dans le monde visible est réglée par des lois, et coutumes, des règlements qui conduisent au monde des ancêtres. Le non-respect de ces lois sera puni par Dieu après la mort. Tout est réglé de façon à plaire aux ancêtres et aux esprits bienheureux vivant avec Dieu et qui jouent le rôle des avocats dans l’au-delà. Chacun est donc appelé à bien se conduire pour atteindre un jour ce monde où vivent les ancêtres. Un homme qui se conduit conformément aux lois traditionnelles atteindra donc le salut dans le monde invisible. Par contre un homme qui aura transgressé ces lois finira sous la colère de Dieu et n’aura jamais le salut, son nom disparaîtra avec lui et personne ne le portera après lui parce qu’il est considéré comme damné et loin du salut de Dieu. 
Finalement, on peut dire que, quelle soit l’attirance du congolais au monde des ancêtres, son salut dépend en grande partie de lui-même, de son respect des ancêtres, des coutumes, des interdits et de son esprit de solidarité et de partage dans la communauté. Son salut, c’est-à-dire son accès à la vie de Dieu, dépend de la manière dont il aura passé sa vie avec ses semblables sur la terre. Le salut que l’homme obtient dans la Vie de Dieu, n’est pas un salut temporel comme celui qu’on a dans le bien-être physique ou matériel, c’est un salut qui dure éternellement. 
 
IIII.4. LE SALUT DANS DES FAITS QUOTIDIENTS. 
 
Dans ce chapitre, nous parlerons de quelques cas concrets dans la conception congolaise du salut. Nous répondrons à la question : De quoi peut-on être sauvé ? Comment ? Et pour clore le chapitre, nous parlerons du salut dans le monde moderne congolais. 
 
III.4.1. DE QUOI PEUT-ON ETRE SAUVE ? 
La réponse à cette question nous renvoie à la conception de la vie et de la mort. En effet, le congolais, comme tout Muntu, aime vivre et bien vivre. Le salut pour lui consistera naturellement à abolir tout ce qui peut diminuer la vie ou qui peut entrainer une mauvaise mort. Prenons quelques illustrations : 
- La maladie. 
Etre en bonne santé est le souhait fondamental de chaque homme. La santé est l’une des dimensions du bonheur. Une personne bien portante est une manifestation de l’énergie vitale . C’est ce qu’écrit Sedzik Jerzy. 
En effet, comme nous l’avons vu, être en bonne santé pour le congolais, est un signe que Dieu nous protège, que son salut est avec nous. Il faut donc comprendre qu’être malade est un cas qui nécessite le salut, le malade a besoin d’être sauvé de sa maladie. Le salut intervient donc dans le cas de la maladie. 
 
- La mort. 
Celle-ci est comme un échec quand elle est anormale, une extinction brusque de la vie. C’est la pire des choses. Dans leurs prières, les congolais demandent donc d’être sauvés de la mort anormale, d’une mort accidentelle, qui arrive à l’improviste et qui éteint la vie. Le salut consiste aussi à être sauvé de cette mort qui vient de mauvais esprits. Etre sauvé c’est donc mourir dans de bonnes conditions, après avoir laissé derrière soi une heureuse progéniture et après avoir vécu de nombreux jours de bonheur. Et enfin, après la mort, d’accéder au monde des ancêtres et partager la plénitude de Dieu. 
- La pauvreté. 
Le Congo c’est un pays riche, mais la majorité de la population est pauvre. Cela est expliqué dans certaines religions par le fait que le pays est soi-disant maudit et cette malédiction se déploie sur la population jusqu’aux plus petits enfants. Pour cela, beaucoup de congolais pensent que pour être sauvé, pour avoir le bonheur, le vrai salut, il faut une délivrance, il faut être sauvé de cette pauvreté qui est anormale. C’est une des raisons que donnent les chrétiens qui passent des nuits entières dans des églises pour prier Dieu ; que son salut délivre le pays de cet esprit de pauvreté, de guerre, de tribalisme… 
 
III.4.2 LE SALUT DANS LE CONGO MODERNE. 
 
Tout ce qui a été dit précédemment est vrai aussi bien pour les congolais ruraux que pour les citadins. Cependant, plus on s’enfonce dans la culture moderne, on se rend de plus en plus compte que certaines conceptions traditionnelles disparaissent à cause de l’influence de la religion chrétienne et de la civilisation occidentale. Au Congo, les églises se multiplient et se retrouvent à chaque coin de rue, dans chaque quartier et sur chaque avenue et cela dans toutes les villes et certains villages du pays. Le Jésus-Christ prêché dans les églises de réveil est un sauveur qui vient libérer le pays de l’emprise du diable. Le salut qu’il apporte est expliqué par rapport à la conception de la vie, de la mort, de Dieu, de l’au-delà…  
Jésus-Christ, pour les congolais modernes, doit être un sauveur qui sauve de la pauvreté, qui donne les biens matériels, le travail, la nourriture, la boisson, le bien-être tant matériel que social. S’il, procure tout cela, on dit alors que Jésus-Christ sauve. Dans les familles pauvres, on implore son salut, on lui demande d’apporter les matériels et l’aisance, et plus tard, la vie éternelle qu’il promet, ce sont là les caractéristiques du salut. Au Congo donc, le salut de Jésus-Christ, la vie éternelle, pour être bien reçu doit être accompagné de la promesse de vivre heureux d’abord sur cette terre, ensuite au ciel. 
 
IV. CONCLUSION. 
 
Le peuple congolais, situé au cœur de l’Afrique, était l’objet de notre travail. Au terme de nos réflexions, nous voulons affirmer avec le pape Pie XII que « l’Eglise ne demande à personne de renoncer aux modes et coutumes de sa propre patrie culturelle et n’oblige personne à adopter des manières de vivre qui lui sont étrangères (…) tout ce qui est bon et simplement humain, l’Eglise l’accepte, le développe, le surélève, le sanctifie. »  
Dans la culture congolaise comme dans chaque culture, il ya des valeurs qui méritent d’être acceptées, développées et surélevées, comme le dit le Pape. Les différentes conceptions congolaises se rencontrent toutes en un point commun, celui de la vie. Les hommes sont appelés à vivre et à vivre profondément. Dieu leur donne la possibilité d’avoir part à sa propre vie. Le peuple congolais aide l’homme à découvrir la beauté de cette vie, don de Dieu, à la protéger et à la promouvoir. Le respect la vie humaine et des lois établies par la société, la solidarité fraternelle et le respect du monde des ancêtres, du monde de Dieu, sont aussi des valeurs qui font preuve de maturité dans la conception du salut chez les congolais. 
Cependant, Comme dans toute croyance et dans toute tradition, cette conception présente aussi bien des valeurs que des faiblesses. Dans la conception congolaise, la pauvreté est considérée comme étant une absence du salut de Dieu, la peur de mauvais esprits empêche les peuples à vivre librement. .. Le bonheur que l’homme recherche par tous les moyens, est pour lui son salut et dépend en grande partie de l’homme lui-même. Le salut est le fruit de ses efforts personnels réalisés dans la vie quotidienne. Ces genres de manières de voir les choses sont des faiblesses à dépasser, avec tant d’autres, parce que le salut de l’homme ne peut pas dépendre de lui, le salut est d’abord un don gratuit que Dieu fait à l’homme. Tout geste que celui-ci pose n’est qu’une participation à ce don de Dieu. L’homme est depuis toujours appelé par Dieu, il est appelé à participer au salut éternel et Dieu lui accorde sans cesse des lumières suffisantes pour aboutir à ce salut. L’homme n’est donc pas l’auteur de son propre salut, mais Dieu. Ces faiblesses ne nous empêcheront pas pour autant de reconnaître la grande aspiration que les congolais ont d’accéder à la vie de Dieu, qui est l’idéal, la fin et le salut que tout homme attend : La vie éternelle qui est pour eux et pour nous tous, le vrai salut. 
 
 
 
 
 
 
 
 
BIBLIOGRAPHIE. 
 
• R.ROELANDT, << L’attitude magique chez le peuple congolais. Essai de la psychologie religieuse >>, revue du clergé africain, 13(1958), n° 1. 
 
• E. MUJYNYA, « le mystère de la mort dans le monde bantu », Cahiers des religions Africaines, 3(1969) n°6. 
 
• SEDZIK JERZY SCJ, « Le concept bantu du salut et son impact sur les pratiques chrétiennes », Macacos, douala, 2004. 
 
• AWOU ONDJI Laurence, « Lumière chrétienne sur la conception Akyâ du salut. Pour une action évangélisatrice en profondeur dans le milieu Akyâ », Mémoire du Baccalauréat en Théologie, Grand séminaire Saint Cœur de Marie, Anyama, Côte-d’Ivoire, inédit. 
• René Laurentin, « Développement et salut », seuil, Paris, 1969. 
• Vocabulaire de Théologie Biblique, éd. Du Cerf, Paris, 1970. 
 
 
 
 
 
 
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TRAVAIL DE DISSERTATION 
 
sujet : LA PHILOSOPHIE FAITE PAR LES AFRICAINS A ETE TAXEE D'ETHNOPHILOSOPHIE. QU'EN PENSEZ-VOUS ? 
 
Depuis la parution de l’ouvrage La philosophie bantoue du révérend père Placide Tempels, on a vu surgir dans les universités, dans les colloques et même dans les séminaires, beaucoup de débats sur la question de l’existence d’une philosophie africaine. Pour les uns, la philosophie africaine est une réalité, elle existe et est inscrite dans les coutumes, les contes, les mythes, et les valeurs traditionnelles africaines. Pour d’autres par contre, ce qu’on a appelé par erreur philosophie africaine n’est qu’une littérature qui exalte les valeurs africaines, qui expose les mythes et les contes africains, qui explique les proverbes africains. C’est cette littérature qui existe et non pas une philosophie, parce qu’elle se limite aux valeurs propres d’une ethnie, d’un groupe restreint du monde. Pour les partisans de ce groupe, il n’existe pas de philosophie africaine, moins encore de philosophes africains et pour eux, ceux qu’on appelle philosophes africains ne sont en réalité que des ethnophilosophes et leur philosophie n’est qu’une ethnophilosophie. Qu’est-ce donc que l’ethnophilosophie ? Dans les lignes qui feront l’objet de notre développement, c’est autour de ce vocabulaire que tourneront nos réflexions. Nous partirons des critiques faites par Marcien Towa, Paulin Hountondji, Njoh-Mouelle et d’autres philosophes qui ont traité la question les premiers ; nous en dégagerons le sens et enfin, nous y apporterons notre propre jugement.  
En fait, pour comprendre le mot ethnophilosophie dans sa constitution, il est nécessaire de recourir à la définition de deux concepts : ethnologie et philosophie. D’après le dictionnaire Larousse, l’ethnologie vient de ethnografia qui est une description des divers peuples, de leur genre de vie et de leurs institutions. C’est donc une étude descriptive de toutes les données relatives à la vie d’un groupe humain déterminé, d’une ethnie. Elle peut encore être définie comme étant une exposition des valeurs traditionnelles, linguistiques, coutumières, religieuses, sociales… d’une ethnie. La philosophie, quant à elle, est définie au sens strict par le dictionnaire de philosophie, comme étant une réflexion critique, autocritique, systématique, cohérente et méthodique, ne recourant qu’à l’usage unique de la raison humaine et portant sur la totalité du réel, pour en dégager le véritable sens. Et au sens large, elle n’est qu’une vison du monde d’un peuple. 
 
Que dire alors de l’ethnophilosophie ? Marcien TOWA écrit ce concept en un mot, tandis que Paulin HOUNTONDJI l’écrit en deux, mais c’est d’abord Kwame N’KRUMAH qui l’a utilisé le premier. Pour Towa, il s’agit d’un mouvement des intellectuels et écrivains africains noirs qui s’inscrivent contre le colonialisme. Leurs écrits relatent les valeurs africaines, mais il ne s’agit pas d’une philosophie. Ce mouvement défend les valeurs de l’homme noir, il semble être une philosophie mais en réalité ce n’est qu’une ethnophilosophie, c’est dire une exposition des mythes, des contes, des proverbes, de magie et de sagesse africaine. Pour Towa donc, l’ethnophilosophie n’est qu’une vision du monde des intellectuels africains qui exposent les structures d’une ethnie, de la culture africaine, pour se faire reconnaitre par l’occident. L’ethnophilosophie, écrit-il, expose objectivement les croyances, les mythes, les rituels, puis brusquement, cet exposé objectif se mue en profession de foi métaphysique, sans se soucier ni de réfuter la philosophie occidentale, ni de fonder en raison son adhésion à la pensée africaine . Ainsi donc, pour Towa, les ethnophilosophes trahissent au même moment l’ethnologie et la philosophie, ils ne sont ni ethnologues ni philosophes, parce que l’ethnologie décrit et explique, mais ne s’engage pas ouvertement quant au bien fondé de ce qui est décrit. Elle trahit aussi la philosophie parce qu’une exposition philosophique doit être d’abord une argumentation rationnelle. L’ethnophilosophie n’est donc pour lui, qu’une simple littérature qui expose la vision du monde du peuple africain.  
 
En effet, pour parler d’une philosophie, l’exigence rationnelle est très recommandée, il faut une argumentation et une démonstration qui ne feront appel qu’à la raison et à elle seule et non à une quelconque lumière surnaturelle comme la magie, la révélation ou la divination. Il faut une pensée critique et non un refuge dans des mythes, des dogmes ou des contes pour justifier un fait. Les écrivains africains ont présenté, pour la plupart, des discours et des opinions descriptifs et non critiqués. En ce sens, il est clair qu’ils n’ont pas fait de la philosophie, ils ont fait une simple exposition de leur vision du monde, d’où le nom d’ethnophilosophes qu’ils ont reçu de la part des philosophes européens et même de la part de certains africains qui n’étaient pas d’accord qu’on puisse parler de philosophie africaine. 
En plus, la pensée ethnophilosophique est une pensée qui est très sûre d’elle-même, le philosophe africain se présente dans ses écrits et dans ses arguments comme étant quelqu’un qui a la totalité de la vérité. Pourtant, la philosophie n’est pas une acquisition de la vérité, elle est plutôt une perpétuelle recherche de la vérité. En ce sens, l’ethnophilosophie qui manque d’esprit critique n’est pas une philosophie. Les ethnophilosophes n’ont utilisé ni la méthode critique, ni la méthode scientifique, et donc ils ne sont ni des philosophes ni des ethnologues. Ils sont plus attachés à leurs croyances, aux valeurs de l’Afrique et à l’éloge de la culture africaine. Fort de ce qui précède, il est évident que l’ethnophilosophie ou la philosophie faite par les africains sera une vraie philosophie lorsqu’elle se détachera des mythes et des dogmes, pour faire recours à l’usage de la raison, à l’esprit critique. 
 
Une question se pose alors : Faut-il, pour être philosophe, rejeter les valeurs de sa tradition ? Les ethnophilosophes se sont exprimés, ils ont exposé leurs pensées, faut il la rejeter ou faut il affirmer qu’elle n’a rien apporté au monde et à l’Afrique ?  
Chaque peuple a ses valeurs, sa tradition, sa culture, chaque ethnie, chaque tribu, a sa vision du monde qui lui est propre. Et comme l’ont dit certains philosophes : « on philosophe toujours à partir de quelque part » ; pour philosopher, on a toujours besoin d’un repère, d’un point de départ et on analyse toujours les choses avec une influence de sa culture. Les philosophes grecs antiques nous servent d’un bon exemple pour illustrer cela : Thales de Millet était un pêcheur qui a commencé à réfléchir à partir de l’eau, il lui a donné un sens selon sa propre vison du monde et son propre milieu culturel. Par après, il fut appelé philosophe. Anaximandre, Anaximène, Héraclite, Hegel, Karl Marx et tous les autres philosophes occidentaux sont tous partis de certains points qui ont été les éléments de départ de leurs philosophies. Ils ont interprété et analysé les faits avec un esprit critique mais leur vision des choses a été d’une manière ou d’une autre influencée par leur culture, leur milieu ou leur époque. Quant aux africains, on ne peut pas dire qu’ils ont agit autrement que cela, ils ont réfléchi à partir des mythes, des contes, des valeurs africaines et à la manière africaine et ont produit leurs œuvres qui ont été taxées d’ethnophilosophie, avec un sens péjoratif, c’est-à-dire des œuvres produites sans esprit critique. Pourquoi ? Est-ce parce qu’ils sont africains, noirs, ou parce qu’ils ont été colonisés par les occidentaux ? Rejeter la philosophie africaine parce qu’elle a été produite à partir des mythes et des valeurs africains, c’est rejeter toute la civilisation et toute l’histoire de l’Afrique. Il est vrai que la philosophie démontre par des arguments et fait appel à la raison, mais cette raison et ces argumentations tiennent toujours compte du milieu traditionnel. L’ethnophilosophie, passant par les valeurs traditionnelles de l’Afrique, expose aussi, d’une manière théorique mais ordonnée, la pensée du Muntu africain. Le fait de s’exprimer d’une manière ordonnée est déjà une marque de rationalité. Et si, pour être philosophique, la pensée africaine doit être rationnelle, il est alors clair qu’elle l’est, parce que les ethnophilosophes se sont exprimés rationnellement. 
 
Ainsi, il ne s’agit pas de réfuter la philosophie faite par les africains parce que leur intention était bonne : défendre la culture africaine et la soulever au rang international. Marcien TOWA, lui-même, au cours d’un débat, a montré le point positif de l’ethnophilosophie, en disant d’elle qu’elle met en valeur toute la culture africaine (…) et bien que l’africain ait emprunté à l’Europe la méthode philosophique pour expliquer ses mythes, il a toujours fait usage de la raison. Par conséquent, bien que la philosophie faite par les africains soit taxée d’ethnophilosophique, elle ne diffère en rien de la philosophie occidentale sur le plan rationalité, parce que l’africain philosophe, tout comme le philosophe occidental, recourent tous deux à la raison pour faire de la philosophie. L’ethnophilosophie, comme toute philosophie, présente évidemment des limites ; mais elle a été d’une grande importance, surtout à l’époque post coloniale, parce qu’elle a fait prendre conscience au noir, elle lui a permis de se situer par rapport aux blancs et a permis aux européens de comprendre l’africain et de dialoguer avec lui à travers la littérature. 
 
En guise de conclusion, disons que même si les ethnophilosophes n’ont pas analysé leurs principes et ne les ont pas systématisés à la manière européenne, ils ont été guidés par la raison, ils ont réfléchis à la manière africaine, sans se détacher de leur sagesse, comme Socrate et Platon ont réfléchi à la manière occidentale sans pour autant rejeter les valeurs de la Grèce. Platon ne s’est pas détaché complètement des mythes de son époque, il expose dans le mythe de la caverne et dans ses Dialogues, des mythes grecs qu’il explique rationnellement. Toute philosophie est donc avant tout une ethnophilosophie, parce qu’aucun philosophe ne néglige le problème de son milieu ou de sa tradition. Quant à nous, nous sommes d’avis avec Njoh-Mouelle, le philosophe camerounais, que c’est au philosophe africain que revient la tache difficile d’interpréter pour cette jeunesse le monde dont elle sort, celui où elle vit, afin qu’elle puisse forger celui de l’avenir, un monde de lendemain meilleur . En effet, pourquoi philosopher aujourd’hui en Afrique si ce n’est pour tirer l’Afrique de cette crise économique, politique et sociale qu’elle traverse ? Si la philosophie africaine peut avoir un sens, c’est si vraiment elle aide l’Afrique à sortir de cette crise. Peu importe qu’on la taxe d’ethnophilosophie ou de littérature dogmatique, l’important c’est qu’elle s’inscrive dans un mouvement innovateur, créateur, qu’elle ouvre la voie au développement de l’Afrique, pour un lendemain meilleur. 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
BIBLIOGRAPHIE 
* Marcien TOWA, Essai sur la problématique philosophique dans l’Afrique actuelle, Ed. Clé, Yaoundé, 1981 
* Harold R. Isaacs, in Black history, Ed. By Melvil Drimmer, Doubleday, 1967. 
* Ebénézer NJOH-MOUELLE, Recherche d’une mentalité neuve, Yaoundé, Clé, 1970. 
*Le petit LAROUSSE illustré, Larousse, Paris, 2007. 
*André LALANDE, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, Quadrige/ PUF, paris, 1926. 
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TRAVAIL DE RECHERCHE PRESENTE DANS LE CADRE DU COURS D'INTRODUCTION AUX EVANGILES SYNOPTIQUES 
 
THEME: LE PROCES DE JESUS 
INTRODUCTION 
Depuis plusieurs années, les exégètes consacrent une attention particulière aux questions qui se rattachent à la fin de l’activité terrestre de Jésus. Même en dehors du monde des théologiens, il n’est guère d’autre épisode de la vie de Jésus qui suscite actuellement un intérêt aussi soutenu que le procès de Jésus. En effet, la condamnation et la mise à mort de Jésus de Nazareth est un des sujets les plus débattus, les plus significatifs, les plus remarquables et même les plus élevés de l’histoire de l’humanité. Aucun événement du passé n’a eu une influence aussi profonde et aussi durable dans le monde. Aucun procès de l’histoire n’a occupé la pensée de la postérité d’une façon plus intense, n’a ému les coeurs avec plus de puissance. Ce drame qui s’est déroulé à Jérusalem, il y a plus de 1900 ans, un certain vendredi, et qui s’est achevé sur une colline en dehors des murs de la ville, est resté de tout temps, l’un des événements les plus discutés de l’histoire universelle. 
 
En fait, dix-neuf siècles après l’effondrement du vieil Etat juif, un nouvel Etat d’Israël, indépendant, s’est constitué le 14 mai 1948. Depuis lors, l’espoir a été exprimé à diverses reprises, du côté chrétien, de voir le gouvernement israélien, en tant que successeur idéologique de l’ancien gouvernement du Sanhédrin, reprendre le procès de Jésus et revoir le jugement injuste prononcé jadis. Par la suite, plusieurs personnes, chrétiennes et non chrétiennes, sont arrivées à affirmer que les Juifs sont coupables de la mort de Jésus-Christ, Fils de Dieu. Cette thèse fut soutenue par plusieurs personnes, à tel point que les Juifs furent taxés de peuple déicide. 
 
Pour d’autres personnes, les Juifs ne sont pas responsables de la mort de Jésus. Le juif français Joseph Salvador donna son point de vue en 1828 dans son ouvrage Histoire des institutions de Moïse et du peuple hébreu. Pour lui, Jésus avait été condamné selon la loi et le droit, de sorte qu’il n’y a aucune culpabilité de la part des Juifs. Et en 1866, le rabbin Ludwig Philippson dans son oeuvre Les Juifs ont-ils vraiment crucifié Jésus ? , défend la thèse que, non les Juifs, mais seuls les Romains ont condamné et exécuté Jésus. Ces livres et tant d’autres ont fait sensation même en dehors d’Europe et ont ouvert un grand débat non encore terminé à l’heure présente.  
 
Mais si Jésus a été déclaré coupable, on doit bien se demander par qui, et s’il a été exécuté, on doit se demander qui en porte la responsabilité. Et c’est justement cette question qui est ardemment discutée depuis des siècles et qui, dans ce présent travail, constitue notre axe d’étude. De prime abord, il ressort que le désaccord entre ceux qui ont abordé le sujet avant nous vient de l’utilisation différente des sources. En Effet, chacun comprend différemment les sources utilisées et les rapporte à sa façon.  
 
Ainsi, la première question que nous éluciderons après avoir posé le problème est : de quelles sources d’origine chrétienne ou non chrétienne disposons-nous pour essayer de reconstituer les faits qui ont conduit Jésus à la mort ? Ensuite, nous analyserons les grandes étapes de la passion du Christ, depuis son arrestation jusqu’à sa crucifixion. Tout en nous aidant de ces nombreux documents ayant traité le sujet avant nous, et surtout en nous concentrant sur les évangiles synoptiques, nous voulons arriver à répondre à la question : Qui est responsable de la mort de Jésus ? 
 
 
 
CHAPITRE PREMIER : LE PROBLEME ET SON ACTUALITE. 
 
I. CONTROVERSES SUR LE PROCES DE JESUS. 
Le problème du procès de Jésus est débattu de trois façons différentes : 
Pour de très nombreux exégètes chrétiens et surtout des historiens du droit, les Juifs sont en grande partie responsables de la mort de Jésus. Ils leur attribuent la part déterminante dans la suppression de Jésus et ne voient en Pilate que l’homme qui a confirmé et exécuté le jugement juif. Cette thèse a été soutenue par plusieurs personnes, comme le théologien et juriste d’Iéna, Johannes Steller, dans son livre paru à Dresde en 1674 Pontius Pilatus defensus. Plusieurs autres se sont prononcés récemment dans le même sens : Emil Schüler, Hermann Peter, Paul Billerbeck...et surtout l’historien du droit Robert Von Mayr, de Prague, qui a justifié cette opinion de la façon la plus précise.  
 
Pour d’autres, comme Philippson que nous avons cité plus haut, les Juifs n’ont pas eu la moindre part à la condamnation et à l’exécution de Jésus. Ils sont convaincus que les Juifs, et surtout un des disciples de Jésus (Judas), sont uniquement coupables de la dénonciation de Jésus à Pilate et c’est bien lui qui l’a condamné à mort. À titre illustratif, citons l’ouvrage de Paul Winter dont la thèse est la suivante : si le Sanhédrin avait le pouvoir d’exécuter les condamnés, Jésus, s’il avait été jugé par le tribunal juif, aurait été lapidé. Or, il a enduré la crucifixion et la flagellation qui sont des peines romaines. Donc ce ne sont pas les Juifs, mais les Romains qui sont responsables de sa condamnation à mort. Ce sont eux qui ont organisé et mené tout le procès en se servant des chefs des sadducéens. Ce sont les Romains qui ont exécuté Jésus comme agitateur politique. 
 
Enfin, il n’est pas rare de rencontrer l’idée que les Juifs ont été impliqués à peu près au même degré que les Romains dans le procès qui a conduit Jésus à la mort. C’est le cas de l’exégète catholique Georg Aicher qui défend avec insistance que Jésus a été condamné aussi bien par le Sanhédrin que par Pilate. Dans cette même catégorie, il y a lieu d’y ranger ceux qui affirment que les Juifs n’ont pas condamné Jésus parce qu’ils n’en avaient pas le droit. Et aussi ceux qui affirment que Pilate non plus ne l’a pas condamné, il l’a simplement abandonné aux mains d’une foule déchaînée qui l’a « massacré ». 
 
Le problème ainsi posé, il en ressort que deux groupes sont impliqués dans l’affaire « mort de Jésus » : les Juifs et les Romains. Ces exemples cités et qu’on pourrait multiplier nous laissent une impression pénible : beaucoup de penseurs ne sont pas impartiaux dans la question du procès de Jésus. La plupart, pour ne pas dire tous, ne donnent des arguments que pour soutenir leurs thèses ou leurs croyances religieuses. Ils abordent le sujet d’une façon plutôt idéologique et non pas réaliste. Par conséquent, leurs recherches sont faussées par deux pièges: le premier est celui que rencontrent tous ceux qui rejettent les récits évangéliques de la passion et ne se fondent que sur la Loi et les traditions juives de l’époque de Jésus. Le deuxième piège est celui de vouloir se limiter aux récits bibliques en négligeant l’apport d’autres sources. Pour éviter ces deux pièges, il importe d’avoir des sources authentiques et complètes. 
 
 
 
II. LES SOURCES 
Comme il n’a pas été conservé de document officiel sur le procès de Jésus, on se sert de deux catégories de sources pour savoir comment s’est passée la condamnation de Jésus : il s’agit des sources chrétiennes et des sources non chrétiennes. 
II. 1 SOURCES NON CHRETIENNES 
On retrouve quelques renseignements crédibles sur la mort de Jésus dans la tradition juive. En voici un, bien connu, tiré d’une Baraita, ainsi nommée dans le traité Sanhédrin (43a) du Talmud babylonien : « La veille de Pâque, on a pendu Jésus ( Yeshû) le Nazaréen. Le héraut avait marché pendant quarante jours devant lui en disant: ‘‘ Voici Jésus le Nazaréen qui va être lapidé, parce qu’il a pratiqué la sorcellerie et qu’il a séduit et égaré Israël. Que tous ceux qui connaissent quelque chose à sa décharge viennent plaider pour lui.’’ Mais il ne se trouva personne pour prendre sa défense, et on le pendit la veille de la Pâque».  
 
Au sujet de ce texte, certains auteurs refusent d’admettre qu’il s’agit de la tradition juive et qu’il s’agit de Jésus le Christ parce qu’il place l’exécution de Jésus quarante jours après son accusation. Or, les évangiles présentent le procès de Jésus d’une façon très hâtive. Pour d’autres auteurs, tel que Simon LEGASSE, « cette baraita concerne bien Jésus de Nazareth, non comme on l’a prétendu, un autre Jésus, disciple de R. Josué ben Perahah, qui aurait vécu un siècle plus tôt, au temps du roi Alexandre Janné » . Pour nous, ce qui nous intéresse dans ce texte, c’est qu’il date de très anciennes traditions juives et qu’il attribue aux seuls Juifs la responsabilité de la mort de Jésus. Rien dans ce texte n’implique les Romains dans l’affaire. Ce texte prouve que celui qui l’a produit n’a jamais eu le moindre accès aux évangiles et accuse les Juifs d’avoir tué Jésus. Le chercheur qui se fondera uniquement sur ce texte ou sur d’autres de son genre pour faire le procès de Jésus, accusera inévitablement les Juifs. 
 
L’autre texte ancien qui parle du procès de Jésus et dont se servent plusieurs chercheurs est celui de l’historien juif Flavius Josèphe( environ 37 à 97 après Jésus-Christ). Il parle de Jésus dans le livre 18 de son ouvrage composé en 93 : Antiquités juives. Parlant de la mort de Jésus, il dit : « En ce temps vivait Jésus, homme sage, si toutefois il faut l’appeler homme. Il accomplissait en effet des choses merveilleuses, il a enseigné les hommes qui reçoivent la vérité avec joie et il entraîna à sa suite beaucoup de Juifs et beaucoup d’Hellènes. Celui-là était le Christ. Et quand, sur la dénonciation des principaux de notre nation, Pilate l’eut condamné à la croix, ceux qui l’avaient aimé au début lui gardèrent leur affection ; il leur apparut en effet le troisième jour, de nouveau vivant, comme les divins prophètes l’avaient annoncé, ainsi que mille autres merveilles à son sujet. Jusqu’à ce jour encore, subsiste la race des Chrétiens ainsi nommés à cause de lui. »  
 
Ce texte de Flavius est très important pour notre sujet parce que son authenticité est aujourd’hui, de moins en moins critiquée. Mais surtout parce qu’il affirme que Jésus a été condamné par Ponce Pilate, par dénonciation des chefs Juifs. Il y a beaucoup d’autres données qui parlent de la mort de Jésus, comme le texte de Flavius. Mais, comme nous l’avons dit plus haut, on ne peut pas se fonder uniquement sur ces textes non chrétiens pour attribuer la culpabilité aux Romains ou aux Juifs uniquement. Il faut ajouter les documents chrétiens pour que les sources soient complètes. 
 
II.2 SOURCES CHRETIENNES 
En dehors des évangiles, des Actes des apôtres et des lettres de Saint Paul, le Nouveau Testament ne se prononce pas sur le procès qui a conduit Jésus à la mort. Nous excluons l’apport des écrits apocryphes chrétiens puisque leur authenticité est contestée. Tous les évangélistes rapportent la passion de Jésus en montrant le mépris, les tortures et les souffrances sans mesure qu’il a subits. Ils sont tous du même avis : Judas, l’un des douze Apôtres de Jésus, a dénoncé son Maître. Il était venu avec une foule armée des glaives et des bâtons, envoyée par les grands prêtres et les anciens du peuple juifs. Ce sont eux qui l’on conduit jusque devant Pilate en réclamant sa mort et Pilate a livré Jésus aux soldats Romains qui l’ont crucifié. Ce qui nous prouve que les évangélistes sont impartiaux, c’est qu’ils rapportent des choses qu’ils ont vues ou qu’ils ont entendues des témoins oculaires. Les évangiles et les Actes des Apôtres donnent plus qu’aucun autre document, le déroulement essentiel de la passion du Christ.  
Si nous voulons donc être impartial à notre tour, nous n’allons pas affirmer subitement que les Juifs ou les Romains sont responsables de la mort de Jésus. Sans pour autant tomber dans des analyses exégétiques, nous essayerons de reconstituer les épisodes essentiels du Procès de Jésus, en les examinant minutieusement. Nous partirons de ces sources que nous venons de reconstituer, surtout des évangiles synoptiques. Ce que les autres textes nous apportent en complément sera inséré pour soutenir ou appuyer le canevas des évangiles. 
 
CHAPITRE DEUXIEME : LA PASSION DE JESUS-CHRIST 
 
II. 1 L’ARRESTATION. 
Les évangiles montrent que le premier épisode de la passion proprement dite de Jésus est son arrestation. Mc 14,43-52 ; Mt 26, 47-56 et Lc 22,47-53 nous relatent cet épisode d’une manière très appréciable. 
Humainement parlant, le ministère public de Jésus allait vers son déclin, la mort frappe maintenant à sa porte, et tous ses disciples l’abandonnent. On le voit bien chez Marc, comme le dit Marie-Joseph LE GUILLOU : « la dernière phrase marquant l’abandon de tous les disciples signifie pour eux que l’arrestation de Jésus aboutit à un échec total. Ils attendaient un Messie triomphant des manoeuvres humaines et voici que par un baiser, le traître le fait arrêter par une bande envoyée par les grands prêtres et les anciens : c’est le résultat d’un acte de lâcheté. » Quand on parcourt ces textes des évangiles, on se pose la question de savoir comment les choses en sont arrivées jusques là ! 
Le lieu de l’arrestation. 
La scène se situe dans un endroit appelé Gethsémani (Mc 14,32) où Jésus s’est retiré avec ses disciples. Et c’est dans cet endroit qu’il fut arrêté. 
Par qui et au nom de Qui Jésus fut-il arrêté ? 
Mc 14,43 : une bande munie d’épées et des gourdins, donc une troupe armée. Cette troupe est envoyée par les grands prêtres et les anciens (Mc 14,33). Cette note traduit l’implication des chefs juifs dans l’opération, donc l’arrestation s’est faite d’une façon officielle. Mais elle ne nous permet pas de répondre à la question : quelles personnes ou quels groupes de personnes ont pris parti contre Jésus ? s’agit-il de tous les ressortissants du peuple juif de l’époque ? Faut-il dire que tous ceux qui faisaient partie de la classe dirigeante étaient hostiles à Jésus ? 
 
Il faut dire qu’à cette époque, les pharisiens formaient un groupe politico-religieux qui tenait à la plus stricte observance de la loi et de la tradition ancestrale issue de la loi. Ils avaient une forte influence sur le peuple, surtout sur la classe moyenne et ils jouaient un rôle important dans le Sanhédrin. Les sadducéens étaient le parti de la noblesse ecclésiastique et laïque, ils sympathisaient avec les Romains en politique. Quand on parle des grands prêtres, il s’agit du grand prêtre en exercice et les ex-grands prêtres encore en vie, mais aussi les membres de la famille sacerdotale parmi lesquels était choisi le grand prêtre. Tous les complots et toutes les attaques sont venus de ces responsables juifs, eux qui d’habitude étaient désunis. Ils en sont venus à faire bloc commun contre Jésus à cause de sa grande popularité qui les inquiétait (Mc 11, 18). Ils voyaient que leur autorité sur les populations risquait de disparaître si l’action de Jésus n’était pas arrêtée. Ils craignaient aussi de voir les Romains liquider les vestiges de l’indépendance juive, représentée par l’administration du Sanhédrin. Sous prétexte du mouvement messianique, ils craignaient une intervention des Romains.( Jn11,48). L’autre grande raison est que ces chefs craignaient de perdre leurs revenus abondants qu’ils gagnaient malhonnêtement en exerçant le service du Temple. Jésus luttait en effet contre les abus dans le Temple.  
 
On pourrait donner plusieurs autres raisons qui ont poussé les chefs juifs à réclamer la mort de Jésus. Mais suffit-il de trouver ces raisons pour affirmer qu’ils sont responsables de sa mort ? 
Non bien sûr. Car, en plus de la bande armée juive, il y avait aussi l’armée romaine qui commandait l’opération. La cohorte romaine, comme le précise Jn 18, 3.12. Il y a donc une participation des troupes romaines à l’arrestation, comme l’indique Jean : « Or, Judas, qui le livrait, connaissait l’endroit (...) il prit la tête de la cohorte et des gardes fournis par les grands prêtres et les pharisiens ». L’action était donc menée par l’équipe des Juifs et l’équipe romaine.  
Le rôle de Judas  
Judas était le guide de ceux qui arrêtèrent Jésus. Judas propose son service aux grands prêtres afin de leur livrer Jésus, et ceux-ci lui promettent l’argent. (Mc 14,10-11). Est-ce que Judas est le seul responsable de la mort de Jésus puisque c’est lui qui l’a livré ? On peut admettre que Jésus, se sentant menacé, s’est retiré loin de la ville, et seul un familier pouvait savoir où le trouver et surtout l’identifier dans l’obscurité. Judas a donc joué un rôle dans l’arrestation et la mort de Jésus, c’est lui qui a pris la direction des opérations, comme l’a précisé Jean. 
 
Ainsi, si nous voulions reconstituer les faits, l’arrestation de Jésus fut une affaire purement juive. Marc souligne le caractère officiel de l’opération juive et il attribue la responsabilité aux trois groupes qui composent le Sanhédrin. L’arrestation s’est faite donc d’une façon légale, à la volonté et au su du Sanhédrin. Au cours de la séance du Sanhédrin en effet , quelque temps avant la Pâque, il fût décidé de supprimer Jésus et c’est le grand prêtre Caïphe qui joua le rôle prépondérant.( Mt 26,1-5 ; Lc 22,1-2). Il avait dit en effet qu’il valait mieux qu’un seul individu mourût pour le peuple, plutôt que pérît le peuple tout entier (et même temps son autorité et celle de ses collègues, bien entendu !) (Jn11,49). Il nous faut à présent poursuivre les étapes de la passion de Jésus pour plus de précision. 
 
 
 
II.2 LA SEANCE DU SANHEDRIN D’APRES LES SYNOPTIQUES 
Les évangiles rapportent que Jésus fut conduit d’abord chez les responsables juifs ( Mc 14, 53 ; Mt 26,57 ; Lc 22, 54.). La nuit de son arrestation, Jésus n’a pas été amené chez le chef romain, ni chez le grand prêtre en exercice, qui était Caïphe, mais chez Hanne l’ancien grand prêtre, le beau-père de Caïphe. C’est chez lui que le procès a commencé son interrogatoire préliminaire. Ce n’est pas étonnant de voir que Jésus ait été conduit chez l’ancien grand prêtre, il exerçait encore un pouvoir moral. Mais les soldats n’étaient pas obligés de le lui amener. Pourquoi l’ont-ils amené auprès de lui ? Simon LEGASSE pense que c’est peut-être « une convenance ressentie par les policiers ou demande d’Hannas curieux de voir de près le dangereux prophète » . Comme beaucoup cherchaient de faux témoignages pour le faire mourir mais n’en trouvaient point, Hanne dit : « tu ne réponds rien ? Qu’attestent ceux-ci contre toi ? » et sa deuxième question fut : « Es-tu le Messie, le Fils du Dieu béni ? » . Jésus répondit « je le suis ». Le grand prêtre crie au blasphème parce qu’en disant « Je suis » Jésus se fait passer pour Dieu, il répond comme Dieu l’a fait Lui-même dans l’Ancien Testament: « je suis ». Hanne décréta donc son arrêt de mort en déchirant ses propres habits. Toute la nuit, Jésus fut abandonné aux mains des valets, en attendant le matin.  
 
Il y a cependant quelques ambiguïtés autour de cette séance du Sanhédrin dans les synoptiques. Ce qui correspond chez Jean à la séance nocturne du Sanhédrin des évangiles de Marc et de Matthieu est la présentation de Jésus à Hannas (non à Caïphe). C’est seulement le matin que Jésus fut transféré chez Caïphe le grand prêtre ; parce que, étant en exercice, c’est en fin des comptes lui qui devait porter la responsabilité officielle de cette affaire. En Mc15,1, on apprend que dès le matin le grand prêtre et le Sanhédrin tinrent conseil entre eux au sujet de Jésus et ils le conduisirent devant Pilate. C’est là donc qu’a eu lieu le vrai procès de Jésus devant le Sanhédrin. Les opinions sur ce conseil divergent sensiblement, pourtant les évangiles n’en disent pas grand-chose. Quant à nous, ce qui nous intéresse, c’est de savoir si le Sanhédrin a condamné Jésus à mort. Les Juifs avaient-ils encore le droit de condamner à mort pendant l’occupation romaine ? Ont-ils mis Jésus à mort ? 
 
En fait, si les Juifs avaient mis Jésus à mort, comme on les en accuse souvent, ils l’auraient lapidé, comme ils ont fait avec Etienne et Saint Jacques . Les Juifs ne crucifiaient pas les condamnés parce qu’ils ne voulaient pas se souiller les mains en touchant le sang. Ils les lapidaient ou les poussaient dans un trou. Or, Jésus est mort crucifié et la crucifixion est une peine romaine, donc ce sont les Romains qui l’ont mis à mort. En effet, dans tout l’empire romain, les Romains se réservaient le droit de mise à mort qui est un droit fondamental de l’empereur ou de son représentant. Ils le retiraient aux autorités locales. Partout, que c’est soit en Cyrénaïque , en Egypte, en Grèce ou ailleurs, c’était le gouverneur romain qui avait le droit de mettre quelqu’un à mort, et non les chefs locaux. Il devait en être de même en Palestine. Il est toutefois possible d’objecter cette affirmation : si les Juifs ont tué Etienne et Jacques, donc ils avaient encore le droit de mettre à mort. 
 
Pierre BENOIT, dans son livre Passion et résurrection du Seigneur, réfute cette objection en expliquant que le cas d’Etienne et celui de Jacques contiennent quelque chose d’exceptionnel. Pour Etienne par exemple qui fut lapidé, il explique qu’il s’agit là d’une exécution populaire. Les Juifs ont tout juste profité d’une absence momentanée de l’autorité romaine. D’après BENOIT, Il est possible qu’Etienne fût exécuté entre le départ de Pilate et l’arrivée de Marcellus qui lui succédait comme procurateur. C’est le même cas pour Jacques, il fut condamné par Ananos, dernier fils du grand prêtre Hanna, à la mort du procureur romain Festus.  
 
Cette justification donnée par P. BENOIT, pourrait être discutée. Mais, qu’à cela ne tienne, la thèse émise reste vraie : les Juifs ne pouvaient plus mettre à mort. L’évangéliste Jean le montre clairement en Jn 18,31 : Pilate demande aux Juifs d’aller juger eux-mêmes Jésus selon leur loi, et eux lui répondent qu’ils n’ont pas le droit de mettre quelqu’un à mort. Et aussi, l’Evangile a raison de montrer le Sanhédrin cherchant un motif valable à présenter au gouverneur. Seul ce dernier peut donner l’ordre d’exécuter Jésus. Donc la responsabilité de la mort de Jésus ne revient pas pleinement aux Juifs car ils n’avaient pas le droit de mettre qui que c’est soit à mort, en présence de l’autorité romaine, tel qu’il est affirmé chez Jean. 
 
Cependant, leur innocence n’est pas attestée par les disciples de Jésus. Car, d’après les Actes des Apôtres, Pierre accuse les Juifs dans plusieurs discours. Il dit d’eux qu’ils ont crucifié Jésus et aussi, Etienne les appelle traîtres et meurtriers du juste. Cela ne veut certes pas dire que les Juifs aient été les seuls acteurs du crime, mais leur culpabilité morale est quand même à souligner. Dans le premier de ses sermons, Pierre déclare même que les Juifs ont attaché à la croix et tué le Messie par l’intermédiaire des païens » ( Actes 2,23) . On ne peut donc pas tirer une conclusion hâtive en inculpant les Romains, il faut d’abord examiner l’autre côté, « le procès romain ». 
 
II.3 LA COMPARUTION DE JESUS DEVANT LES ROMAINS. 
Mt 27 Mc 15,1-5 Lc 23, 1-5 
Comme nous l’avons expliqué plus haut, le Sanhédrin avait conclu que Jésus devait être mis à mort. Mais pour que cette décision passe à l’acte, il fallait qu’ils s’adressent d’abord au gouverneur romain. Différentes questions se posent ici que nous devons éclaircir avant de tirer des conclusions. Quel était dans ce cas le rôle du gouverneur ? Devait-il valider le procès juif sans faire son procès à lui, sans enquête? Non évidemment. Les gouverneurs romains étaient des gens intelligent. César ne nommait pas n’importe quel légionnaire à la tête d’un territoire, il savait bien les sélectionner. Pilate a posé la question : « Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? »( Jn18,29). Ils ont commencé à rapporter les accusations contre Jésus (Ses paroles sur le Temple, etc...). Le Sanhédrin pouvait bien justifier l’accusation portée contre Jésus, parce qu’ils avaient dit à Pilate : « Nous avons une loi, et d’après cette loi, il doit mourir »( Jn19,7).  
Pilate finit par céder sous la pression des Juifs. Mais, pendant tout le déroulement du procès, il s’oppose à eux de façon remarquable. Alors que les Juifs ont trouvé Jésus en train de « pervertir » le peuple ( Lc 23,2), Pilate , pour sa part, ne trouve rien de vrai dans toutes ces accusations. (Lc 23,13) 
 
Ainsi, l’enquête menée par Pilate aboutit à une conclusion : Jésus est innocent et ne mérite pas d’être mis à mort. Et Pilate invoque le jugement d’Hérode qui, lui non plus, n’a pas trouvé de crime en Jésus. L’accusation lancée par les Juifs est donc déclarée sans fondement par Pilate et par Hérode, les chefs romains. D’ailleurs, nous-mêmes nous pouvons bien nous en rendre compte si nous nous fondons sur les évangiles : l’accusation des Juifs est mensongère. Pilate a essayé de libérer Jésus, mais quand il a entendu que s’il fait cela, il n’est pas ami de César, il a cédé. Les Juifs ont profité de la peur que tous les gouverneurs avaient de l’empereur, pour obliger Pilate à agir . Pilate a essayé de leur livrer Barrabas pour sauver Jésus, mais en vain. Les Juifs ont préféré libérer Barrabas et faire périr Jésus. Ils étaient donc décidés de liquider Jésus, au point de réclamer la liberté d’un criminel plutôt que celle de Jésus. Pilate a vu d’ailleurs qu’il n’arriverait à rien, les Juifs étaient décidés à tuer Jésus. Il leur a dit : « c’est votre affaire, je ne suis pas responsable de la mort de cet homme » ( Mt 27, 24 ). La foule lui a répondu : « Que les conséquences de sa mort retombent sur nous et sur nos enfants » ( Mt 27,25). La foule a donc reconnu qu’elle est responsable de la mort de Jésus. 
 
Quand on a parcouru l’évangile de Marc, on a vu que le récit du procès romain se divise en deux parties : dans la première ( 15,2-5) on assiste à un court interrogatoire , la foule n’y joue aucun rôle. La seconde partie( 15,6-15) , on voit la foule qui intervient activement et on y retrouve l’épisode de Barabbas. Cette présentation se retrouve aussi chez Matthieu ( 27,11-26). Chez Luc, cet épisode de Barrabas ne se trouve que sous une forme abrégée ( 23,18-19). Pilate veut relâcher Jésus et crucifier Barrabas, mais la foule exige le contraire. La foule réclame Barrabas, dont le nom signifie « Fils du père » et rejette Jésus, le « Fils du Père ». Finalement, Pilate s’est rangé aux côtés des Juifs, il a libéré Barrabas et fit condamné Jésus.  
Jésus fut donc flagellé, sur ordre de Pilate. Certains affirment que la flagellation était les prémices ordinaires de la crucifixion. D’autres pensent que les deux peines étaient distinctes. Il y a beaucoup de controverses à ce sujet. Pourtant, à y voir clair, Pilate, après la flagellation, présente aux Juifs un Jésus défiguré et affaibli. Il leur dit : « ecce homo » voici l’homme », comme pour dire « cela ne vous suffit-il pas ? laissez-le aller maintenant, il a été puni sévèrement ! ». Mais eux veulent une autre peine, plus sévère que la flagellation : la crucifixion. Ils veulent à tout prix la mort de Jésus. Il a donc subit une double peine. Après la flagellation, ce sont les Romains et non les Juifs qui ont conduit Jésus au lieu du supplice.  
Après avoir parcouru ces événements, tâchons de répondre maintenant à la question : qui est responsable de la mort injuste de Jésus ? 
 
CHAPITRE TROISIEME : SYNTHESE GENERALE 
Quand on a parcouru les évangiles synoptiques, on y a constaté ( chez Matthieu surtout), une attitude de vouloir faire reposer la mort de Jésus sur la tête des Juifs. Mais on ne peut pas nier qu’ils soient coupables dans cette affaire. Ils ont utilisé le pouvoir romain pour exécuter ce qu’ils avaient déjà décidé. Peut-être que si Pilate avait refusé de donner l’ordre d’exécution, les Juifs auraient eux-mêmes traîné Jésus dans la rue et l’auraient massacré. Puisqu’ils avaient déjà décidé de le mettre à mort, on peut admettre qu’ils sont responsables de la mort de Jésus, puisque sans eux, Pilate n’aurait pas décidé de crucifié Jésus. Et l’on peut supposer qu’ils auraient quand même tué Jésus, même sans l’accord de Pilate. 
 
Par ailleurs, on peut atténuer en disant que cette culpabilité des Juifs est excusable car ils n’ont pas su ce qu’ils faisaient, comme Jésus l’a dit lui-même. C’était une foule aveuglée. Tous les Juifs qui ont crié « crucifie-le » devant Pilate, sont responsables dans la mesure où peut l’être une bande d’étudiants ou encore de jeunes excités. C’était une foule aveugle excitée par les chefs Juifs, eux-mêmes aveuglés. S’ils avaient reconnu en Jésus le Messie, ils ne l’auraient sans doute pas crucifié. La lumière est venue dans le monde, et le monde ne l’a point reconnue, il a préféré les ténèbres ( Jn 1,5). C’est pourquoi d’ailleurs Jésus a prié pour eux « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ceux qu’ils font » (Lc 23, 34).  
Quant à Pilate, même s’il s’est lavé les mains, on ne peut pas affirmer que ses mains soient vraiment propres dans cette affaire. Il a cédé par lâcheté, incapable de comprendre la grandeur de la situation. Dépassé par les événements, il a eu peur de passer pour ennemi de César et en fin des comptes, il a vu en Jésus un condamné comme tous les autres. En disant à Jésus : « ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi », Pilate fait porter au peuple juif tout entier la totale responsabilité de l’affaire, c’est comme pour dire : « moi je n’y suis pour rien ». Et il a livré illégalement un innocent aux mains d’une foule acharnée contre lui. Il s’est rendu coupable en livrant Jésus tout en sachant qu’il était innocent. En fait, en Mc 15, 10, il est dit que Pilate a découvert que les Juifs ont livré Jésus par jalousie. (Mais il l’a quand même livré à la mort !) 
Il peut être aussi excusable dans la mesure où il a agi sous la pression des Juifs fanatiques. Il faut noter aussi que sa tentative de vouloir libérer Jésus atténue sa faute. Sa faute est donc moindre que celle des chefs juifs. 
 
En résumé, il se dégage de cette analyse que la responsabilité principale repose sur les Juifs. Mais, on doit toutefois nuancer : le procès du Sanhédrin s’est fait dans les normes, en fonction de la loi judaïque en vigueur à l’époque. Seulement, ils ont été malhonnêtes en donnant à l’affaire une tournure politique pour forcer Pilate à décréter la mort de l’accusé. Ils ont dit : « Si tu relâches cet homme, tu n’es pas ami de l’empereur, quiconque se fait roi, n’est pas ami de l’empereur » (Jn 19, 12). Ils savaient en effet que le gouverneur romain ne manquerait pas de condamner quelqu’un qui voulait prendre le pouvoir, c’est pourquoi ils ont accusé Jésus d’agitateur politique. Joseph BLINZLER est de cet avis quand il écrit : « Or, les Juifs ont fait de nécessité vertu et le prétendu crime religieux qui fonde leur propre jugement a été transformé, avec une rouerie de prestidigitateur, en un crime politique que le tribunal romain ne pouvait manquer de sanctionner. Cette transformation de l’accusation était probablement entraînée par la décision de déférer Jésus à Pilate... » .  
 
CONCLUSION 
Et maintenant, s’il nous faut donner notre avis sur la question du procès de Jésus, nous dirons que ce procès ne doit pas se faire sur le terrain juridique, mais plutôt sur celui de la foi. En examinant le sens profond de la mort de Jésus, on voit bien que Jésus accepte volontairement de mourir, d’être abaissé parce qu’il sait qu’il sera relevé par son Père. Le christ s’est offert lui-même en sacrifice pour l’expiation de nos péchés. Toute sa vie est offrande, lui l’agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde. La mort de Jésus n’était donc pas un hasard, il est livré selon le dessein de Dieu. Il est mort pour nos péchés à tous, selon les Ecritures ; ( Rm 5,10 : Dieu l’a fait péché pour nous). 
 
Aussi, il ne faut pas généraliser la faute de quelques Juifs, sur tous les Juifs. Les Juifs coupables se repartissent en deux groupes : les membres du Sanhédrin et la foule des manifestants. Ils sont fautifs de façon personnelle. Il ne s’agit pas de tous les Juifs de l’époque de Jésus, moins encore ceux de notre époque. Le catéchisme de l’Eglise catholique le dit clairement : « En tenant compte de la complexité historique du procès de Jésus manifestée dans les récits évangéliques, et quel que puisse être le péché personnel des acteurs du procès ( Judas, le Sanhédrin, Pilate) que seul Dieu connaît, on ne peut en attribuer la responsabilité à l’ensemble des Juifs de Jérusalem, malgré les cris d’une foule manipulée et les reproches globaux contenus dans les appels à la conversion après la Pentecôte. » . 
 
En définitive, nous dirons avec Roland MEYNET que « le procès de Jésus est certainement aussi le procès des Juifs, mais il n’en est pas moins celui des païens, et davantage encore celui des disciples mêmes de Jésus : le procès de Jésus est le procès de tous les hommes ». Ce drame qui s’est passé à Jérusalem un vendredi après midi ne peut être imputé ni aux Juifs vivants à l’époque de Jésus, ni à ceux de notre époque, ni aux Romains. Tous les pécheurs sont responsables de la mort du Fils de Dieu. Tous les hommes sont responsables de la passion du Christ. Et donc, Tous les hommes sont coupables, et en faisant le procès de Jésus, c’est la culpabilité de l’humanité qu’on découvre. 
Ce sacrifice du Seigneur devrait faire réfléchir la chrétienté toujours et sans cesse. Il serait peu chrétien, et même anti-chrétien, de la part des chrétiens d’aujourd’hui, de vouloir condamner les descendants de ces hommes qui ont cloué Jésus au bois. Si nous avions la foi, nous devrions tous nous sentir complices et coupables dans cette affaire et surtout, nous devrions tous être reconnaissants, à l’égard de celui qui a accepté que cette erreur se fasse dans le procès, pour qu’il y ait rédemption. L’erreur n’est donc pas seulement juive, ni romaine, mais humaine : Toute l’humanité pécheresse est responsable de la mort du Christ. Ainsi, si nous comprenions que Dieu a pris l’initiative de l’amour rédempteur, il a livré son propre Fils pour notre salut à tous, nous cesserions de dire que les juifs sont un peuple déicide. Et si, sur la croix, Jésus lui-même n’a pas condamné ses bourreaux, mais il a plutôt prié pour que Dieu leur pardonne, qui sommes-nous pour les condamner ?  
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
BIBLIOGRAPHIE 
 
 
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* LE GUILLOU Marie-Joseph ; Le sens de notre vie. Passion et résurrection de Jésus- Christ, Parole et Silence, Paris, 2006. 
 
* Pierre BENOIT, Passion et résurrection du Seigneur, cerf, Paris, 1966. 
 
* Joseph BLINZLER, Le procès de Jésus. Trad. De l’allemand par G.Daubié, Mame, Paris, 1962. 
 
*Marchadour Alain ; Dir, Procès de Jésus, procès des juifs ? Éclairage biblique et historique, coll. Lectio divina, cerf, Paris, 1998. 
 
* Dictionnaire encyclopédique LE PETIT LAROUSSE, Edition 2009. 
 
* BIBLE TOB 
 
*Catéchisme de l’Eglise Catholique, Mame, Paris, 1992. 
 
 
 
 
 
 
 

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Modifié en dernier lieu le 24.05.2010
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